Philippe Lacôte, a présenté à la Mostra de Venise 2020, La Nuit des Rois. Deuxième long métrage du réalisateur franco-ivoirien après «Run», sélectionné au Festival de Cannes.

Dans La Nuit des Rois, un jeune homme jeté dans la tristement célèbre prison de La Maca en Côte d’Ivoire est contraint d’inventer une histoire qui dure jusqu’à l’aube ou en subit les conséquences, comme une sorte de Shéhérazade moderne. Un film qui combine des éléments de contes de fées et de récits avec un fond vivement dessiné d’un plus grand réalisme basé sur des images et des sons ainsi que sur la voix humaine pour raconter ses multiples histoires. A cette occasion, le cinéaste franco-ivoirien Philippe Lacôte met à nouveau en vedette l’acteur, Abdoul Karim Konate, qui a déjà participé à son premier film, Run, dans un rôle de soutien extraordinaire, Venice Horizons.

La tristement célèbre prison de La Maca est un immense brasier en béton à la périphérie d’Abidjan, autrefois construite pour 1 500 prisonniers, mais qui abrite actuellement plus de 5 000 personnes. Le complexe pénitentiaire est situé dans l’ancien parc national du Banco et donc entouré d’une végétation tropicale luxuriante, tandis qu’à l’intérieur, il ressemble et se sent comme une colonie de fourmis, avec ce qui à première vue peut sembler être des hordes chaotiques qui se révèlent rapidement comme hautement organisées autour d’un chef unique.

Comme expliqué au début, les détenus sont tellement organisés qu’ils dirigent essentiellement l’endroit. La majeure partie du pouvoir est concentrée entre les mains du dangoro, un détenu qui est nommé chef des prisonniers. La tradition veut qu’il reste au pouvoir jusqu’à ce qu’il soit trop faible physiquement pour régner, auquel point il se suicidera pour faire de la place au prochain chef. Ce scénario est exactement ce que plusieurs jeunes hommes enthousiastes, menés par Lass (Konate), espèrent bientôt se produire avec le dangoro encore imposant d’aujourd’hui, Blackbeard (un Steve Tientcheu solennel, le directeur du nominé aux Oscars pour Les Misérables). Mais malgré son nom, sa barbe a en fait commencé à devenir grise et Blackbeard n’est clairement plus en meilleure santé.

Poursuivant son règne comme si de rien n’était, Barbe Noire ordonne à un nouveau venu (Kone Bakary, fort et solide) d’être le nouveau « Romain », qui est à la fois un nom et le mot français pour un roman, un livre d’histoires. La raison du surnom est que chaque nuit il y a une lune rouge, des lampes sont allumées et les prisonniers restent éveillés pour écouter les récits de leur «romain», le narrateur de la prison, qui doit continuer jusqu’à l’aube ou risquer de courir la même chance comme Scheherazade si elle n’invente pas un récit tous les soirs.

Ainsi, la dernière incarnation de Roman, un jeune homme timide, est obligé d’inventer une histoire épique lors de sa première nuit en prison et de le faire en français, la lingua franca de la prison. Il commence à hésiter, jusqu’à ce qu’il se souvienne que sa tante était un griot, un conteur ouest-africain, et qu’il allait à l’école avec l’infâme et était connu de toute la population carcérale.

Il raconte une histoire dans une histoire et a divers débuts et fins et à un moment donné, il semble remonter comme par magie dans le temps, de la vie de sa tante à un ancien royaume africain, gouverné par une reine majestueuse (Laetitia Ky) arborant une exemple relatif. conservateur des sculptures capillaires pour lesquelles l’artiste-activiste est connu). Roman, hésitant d’abord mais ensuite plus couramment, raconte son histoire, secrètement poussé par le seul détenu blanc, un cinglé silencieux surnommé Silence (joué par Denis Lavant de Holy Motors).

Non seulement les autres détenus écoutent, commentent et crient, mais certains d’entre eux agissent et dansent également pendant certains passages, créant des moments inattendus de poésie visuelle qui sont capturés par le cinéaste québécois Tobie Marier Robitaill avec des mouvements de caméra. original et fluide. Les images, souvent dans les bleus et les bruns saturés d’obscurité et percées par la lumière ocre vacillante des lampes à huile, contrastent avec des scènes des histoires que Lacôte mêle aussi, et qui se produisent souvent en plein jour. Celles-ci ont parfois une touche fantastique, mais sont heureusement conservées au minimum, car les visuels sont bons mais pas exceptionnels et ont tendance à tirer le spectateur hors du film plutôt qu’à aider à soutenir ses histoires.

Alors que le fait que Roman puisse faire face à de dures conséquences s’il arrête de raconter son histoire avant l’aube est nominalement utilisé comme source de suspense, les dessins sombres de Barbe Noire et d’un prisonnier visitant un jeune travesti (Gbazy Yves Landry) durent finalement plus longtemps. Le principal moteur du récit n’est pas réellement le suspense, mais la force des différents contes eux-mêmes et la façon dont ils continuent à se ramifier dans des directions différentes pour se reconnecter ou se réinventer et se restructurer de manière inattendue.

Lacôte aborde généralement des sujets tels que l’importance de la narration, ainsi que le fait que même certaines des meilleures histoires ne résistent pas à un examen minutieux. L’histoire cinétique de Fernando Meirelles sur un crime dans les favelas, dans la Cité de Dieu, est marquée, ironiquement juste après une scène qui semble citer un autre film: le conte de Matteo Garrone sur le monde du crime à Naples, Gomorrhe. Les trois films racontent de manière dynamique des histoires de jeunes qui tentent de survivre dans un monde où le crime semble avoir plus de sens que de nombreuses autres options.

Et un autre sujet connexe: le public local et les amateurs de politique ouest-africaine pourraient également voir un certain parallèle avec une histoire vraie, y compris celle reliant le sort de Barbe Noire, le leader qu’une partie de la population veut éliminer. lorsqu’elle est jugée inappropriée, et celle de l’ancien président Laurent Gbagbo. Cela dit, La Nuit des Rois est tout aussi intéressante sans ce clin d’œil à la politique et à l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.

Lacôte s’appuie également fortement sur un paysage sonore magnifiquement détaillé, qui joue souvent avec ce qui se passe hors écran autant que ce qui est réellement visible.

La Nuit des Rois, en plus d’être projetée au Festival du film de Venise, sera également projetée au Festival du film de New York et au Festival du film de Toronto, véritable «hattrick» pour le réalisateur qui arrive prêt à conquérir l’autre côté du étang.

 

(Source: Hollywood Reporter)